Iran 2012 - Jours paisibles à Masuleh

Publié le . Publié dans Masuleh

Qalyans - Pipes à eau (ou à lait...)

Les jours suivants mon arrivée, j’ai pris un rythme plus casanier, plus routinier. Lever vers 9 heures, petit-déj. eggs-bread-tea sur ma première terrasse, flânage, lunch, balade, rédaction et traitement de mes photos, sieste, dîner, lecture, dodo vers 2 heures du mat’.

J’ai besoin de me poser un peu, de recharger les batteries. Voyager en Iran n’est pas vraiment reposant, or j’ai envie de me ressourcer avant de rentrer. Et comme ici la bouffe est pas mal, autant en profiter. Du coup, j’ai décidé d’y prolonger mon séjour d’un ou deux jours avant de revenir sur Téhéran, en sautant Qazvin où je pensais initialement m’arrêter en chemin.

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A Masuleh, on trouve quelques jeunes qui parlent un peu anglais. Le contact est facile, comme partout en Iran, et rester ici quelques jours de plus me permet de développer un peu les relations sociales ou poser certaines des questions auxquelles je n’ai pas encore eu de réponses. Je découvre aussi la réalité de l’économie locale, ainsi que de nouveaux plats typiques de la cuisine giliani, comme le mirza ghazemi, le torchi thareh ou le ashhhh, tous végétariens.

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Réflexions sur mon site web

J’ai aussi passé pas mal de temps à envisager un changement du système de management (CMS) de mon site web. Wordpress, que j’utilise actuellement est sympa, très bon, intuitif, facile à utiliser, mais aussi assez limité. J’hésite à passer sur Joomla qui offre beaucoup plus de possibilités, mais est plus complexe aussi. Ce serait un très gros boulot, mais le site serait aussi plus structuré et les informations du blog plus facilement accessibles. Ma décision est presque prise, mais je dois encore faire quelques vérifications techniques à mon retour.

Les troufions du coin

Qalyan au lait à MasulehCe matin, alors que j’y réfléchissait en buvant un thé, j’ai été abordé par deux soldats de vingt ans assis à la table voisine, en train de fumer un qalyan (prononcé « rrelyoon »). Alors que d’habitude je fuis les uniformes comme la peste dans ces pays peu démocratiques, je me suis joint à eux car il semblaient bien connaître le serveur et on a partagé leur pipe à eau. Enfin, « à eau », par tout à fait. C’était la première fois que j’en fumais une contenant du lait à la place de l’eau. Très bon aussi, mais franchement je n'ai pas vu une grande différence.

Ils ne parlaient pas anglais, mais ont essayé de m’apprendre des rudiments de farsi. On a essayé de communiquer comme on a pu, mais c’était assez limité. Détail qui m’a surpris, juste avant de partir, l’un a dit à l’autre, qui avait mon carnet de notes dans les mains, de biffer leurs noms qu’ils y avaient écrits durant la conversation. Ce qu’il a fait, jusqu’à les rendre totalement illisibles. [scan à venir] Je n’ai pas réussi à savoir s’ils étaient militaires de carrière ou si c’était un engagement sur une durée définie. Mais de ce que j’ai compris, ils effectuent une mission de police dans le village. Ils venaient tous deux de Rasht, où ils ont leurs familles. J’ai aussi appris que d’après le calendrier iranien, nous sommes aujourd’hui le 8.3.1391 (28 mai 2012). Mais comme à peu près tous leurs concitoyens, ils étaient tout attentionnés et plein de bonne volonté.

Reza rentre à Qazvin

Cet après-midi, alors que je rédigeais un post, on m’appelle depuis la rue. Je sors sur le balcon. Reza est dans la rue. Il me dit qu’il va certainement quitter Masuleh en fin de journée, bien que ce ne soit pas encore tout à fait sûr. Il vient néanmoins me dire au revoir. Je descends et le rejoins. Il commence à saturer à Masuleh, où il est déjà depuis plusieurs jours. Il est temps de rentrer chez lui, entre Qazvin et Téhéran. Comme moi, il se déplace en transports publics. Quatre heures de trajet. Raisonnable.

Les miettes de pain

On va pour s’asseoir sur le muret qui sépare la rue du talus qui descends jusqu’à la rivière en contrebas, lorsque j’aperçois des débris séchés de galette (du pain local) à l’endroit où je voulais poser mes fesses. D’un geste automatique, je les balaye de la main et les propulse par terre. Reza a un haut le corps, il se précipite pour les ramasser en m’expliquant, didactique, qu’en Iran le pain ne se met jamais par terre. Il le repose ensuite sur le muret, un peu plus loin. Je lui exprime le plaisir que j’ai eu à passer ces moments à discuter avec lui ces derniers jours. Je l’informe que j’ai aussi besoin de rester encore deux jours à Masuleh, ce qui m’empêchera de m’arrêter à Qazvin sur le chemin de Téhéran, mais que je reprendrai contact avec lui à mon prochain séjour en Iran. Ce jour-là, dit-il, je serai le bienvenu à loger chez lui s’il n’est pas encore marié – car il semble que ce ne soit pas trop bien vu qu’un couple invite chez lui un célibataire. Et Iran, c’est un geste d’hospitalité habituel que d’inviter ses amis à séjourner et de leur offrir le couvert. Tant que possible, ils tentent de leur éviter l’hôtel. On se quitte sur le parking devant chez moi. Il se retourne trois fois pour me faire signe de la main. Le soir, alors que je mange au Mehran Restaurant, Akbar passe me saluer. C’est un jeune gars, un électricien-plombier à tendance végétarienne, qui parle assez bien anglais. Il m’apprend que Reza est parti.

Akbar

Akbar, électricien-plombier de la région de Masuleh

Il s’assied. Je lui propose de partager mon repas, ce qu’il refuse. On évoque divers sujets. Le fonctionnement des assurances sociales, ses inquiétudes quant à la situation économique, bien qu’à Masuleh, avec l’apport de fric des touristes, la région se porte plutôt bien. Les vieux, néanmoins ont la vie dure. Ici, ils ne touchent généralement pas de retraite, réservée aux fonctionnaires et aux salariés des grandes entreprises, et les jeunes n’ont pas trop le moral. Beaucoup rêvent d’émigrer, comme l’a fait Reza qui a la chance d’avoir un passeport britannique maintenant. Je lui rétorque que ce dernier n’a pourtant pas l’intention de retourner en Grande-Bretagne. Akbar, lui, n’y croit pas trop. Il pense que ce n’est qu’une question de temps. Un gars de la région est revenu au pays après avoir vécu près de vingt ans à Osaka, jurant qu’il n’y retournerait pas. Les restrictions iraniennes sur les libertés ont rapidement eu raison de sa détermination. Quelques mois plus tard, il reprenait le chemin du Japon, après avoir proposé à Akbar de l’y rejoindre illégalement, mais ce dernier n’est pas intéressé. Il est conscient que la vie d’immigré n’est pas une vie de rêve.

Pour lui qui bosse dans la construction et se déplace facilement à travers l’Iran pour trouver du boulot, la situation n’est pas encore dramatique. Dans le pire des cas, il peut toujours aller bosser en Irak, où les américains engagent des entreprises iraniennes à tour de bras pour reconstruire le pays. Plusieurs de ses amis y sont actuellement sur de gros chantiers à Baghdâd. Il critique au passage le double discours américain officiel qui tire sur l’Iran dès qu’il peut, lorgne sur son pétrole, mais recours aux iraniens pour faire le rebâtir ce qu’ils ont détruit. Certaines villes du sud de la Russie accepteraient aussi facilement la main d’œuvre iranienne. Si un jour il le faut, il est prêt à y aller.

Il s’intéresse aussi à la politique internationale et a suivi les présidentielles françaises au début du mois. Il ne tient pas Sarko en grande estime et se réjouis de voir Hollande élu.

Il est vingt-et-une heures. Son portable sonne. Une conduite à pété sur son chantier, dans les hauts du village. Il se lève et part la réparer. Il bossera jusqu'à passé minuit. A six heures le lendemain, il est debout.

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