Iran 2012 – Arrivée à Shiraz, première balade

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Arrivé du bus terminal à Anvari St, je pensais tout d’abord aller au Sasan Hotel, puis en arrivant devant et en comparant les façades avec l’Anvari Hotel qui est juste à côté, je me suis dit que j’allais demander dans ce dernier s’ils avaient aussi une connexion Internet, ce qui avait dirigé mon choix sur le Sasan.

Anvari Hotel

Grand bien m’en prit car je suis tombé sur une jeune réceptionniste aux lunettes fifties « épuisée car elle sortait d’un cours d’anglais » et par ailleurs absolument charmante et parlant couramment la langue de Shakespeare. Après m’avoir regardé d’un air incrédule, puis m’avoir fait la morale parce que je lui ai répondu que je n’avais pas prévu d’aller à Persépolis, elle m’a confirmé qu’il y avait le wi-fi dans l’hôtel, mais gratuit jusqu’à 10 Mo (!), puis à 30’000 rials les 100 Mo suivants (60’000 pour 500 Mo). « 10 Mo, c’est bien suffisant pour relever des e-mails » me dit-elle en voyant à son tour mon air incrédule. Pour les e-mails, oui peut-être, mais voilà… c’est pas tout à fait ce que je fais… Enfin bref, la chambre double avec salle de bains – WC turcs et AC centralisé est à 320’000 rials (pour une seule personne). J’ai dit « let’s go » et j’ai pris la chambre. Pas sûr que ça ait été un choix pris de manière très rationnelle, je l’avoue, mais il en vaut un autre, non ? L’intérieur de l’hôtel (notamment la « cuisine », en libre accès), la chambre et leur état me rappellent sérieusement les hôtels soviétiques et doivent dater approximativement de la même période. Mais c’est clean, bien que décati, et je donne derrière, ce qui devrait être plus ou moins calme. A ce prix-là, de toute façon, je ne vais pas chipoter.

Shiraz by night

Après avoir pris une douche et fait le backup de mes photos de la journée, je suis parti faire un tour dans Shiraz vers dix-neuf heures. J’ai croqué un kebab au 110 Hamburger, le fast food du coin, puis suis parti sur Zand St, côté ouest tout d’abord, puis dans l’autre sens ensuite jusqu’à Pirosi St, que j’ai descendu jusqu’à Lotfali Khan St. Toute la zone est commerçante et pleine d’animation, Beaucoup de magasins de fringues. J’ai ensuite pris Lotfali Khan vers l’est et suis entré dans le bazar, jusqu’à son centre, qui a surtout l’air d’un centre touristique, vu les boutiques. Revendu sur Lotfali Khan alors que les magasins fermaient, vers vingt-deux heures, j’ai poursuivi vers l’est dans l’espoir de reprendre une grande avenue qui revienne sur Zand. Je n’avais pas envie de revenir sur mes pas. J’aurais peut-être dû regarder mon plan. J’ai marché, marché, marché. Au bout d’un moment, je me suis promis qu’arrivé au Pakistan, je ferai demi-tour. En chemin, j’ai eu droit à un « Hello Mister ! » de la part d’un jeune gars assis sur une borne. Cent mètres plus loin, je suis effectivement tombé sur une grande artère qui revenait en direction de Zand (c’était Keshavarz St). Je l’ai prise.

Réfugié afghan

Deux cents mètres plus tard, j’entends des « Mister, Mister ! » derrière moi et me retourne. C’était le jeune gars de la borne qui me courrait derrière et qui engage la conversation. Lui aussi sortait d’un cours d’anglais. On discute en marchant, il me pose les questions habituelles : d’où je viens, qu’est ce que je pense de l’Iran, de Shiraz, etc. Son anglais est assez hésitant et il n’est pas toujours facile à comprendre. Puis il me demande de but en blanc ce que je pense des afghans. Je lui dit que j’en connais en Suisse et que j’ai aussi eu l’occasion de traiter un moudjahiddin afghan à l’hôpital à la fin des années 1980 et que tous sont des gens que j’ai beaucoup apprécié pour leur gentillesse. Se sentant en confiance, il m’avoue, comme si c’était une maladie honteuse, qu’il est lui-même afghan, réfugié en Iran depuis une quinzaine d’années avec sa famille, qui vient du nord de Kabul. Là, je comprends qu’il a besoin d’autre chose que de pratiquer son anglais et je l’invite à boire un jus d’orange sur une terrasse (enfin, trois chaises sur le trottoir devant le vendeur de jus), car la terrasse à l’occidentale semble être un concept inconnu en Iran. Ali, qui a dix-huit ans, me raconte qu’il est arrivé en Iran alors qu’il avait deux ans. Il a toujours vécu à Shiraz et travaille maintenant comme carrossier, profession qu’il ne souhaite pas changer, malgré ses envies d’apprendre l’anglais. Il me pose d’ailleurs beaucoup de questions sur comment l’améliorer. Mais la situation des réfugiés afghans en Iran est difficile et incertaine. Selon lui, ils n’ont pas la possibilité de voyager librement dans le pays, étant cantonnés dans leur ville, bien qu’étant légalement réfugiés. Il y en aurait actuellement 3 millions en Iran, mais vu la situation en Afghanistan, beaucoup d’afghans passent illégalement la frontière pour fuir les violences et dans l’espoir d’une vie meilleure. L’Iran menacerait de tous les renvoyer, y compris celles et ceux installés depuis longtemps. Or, lui ne peut s’imaginer retourner au pays tant que la situation ne s’est pas normalisée. Les rapports entre iraniens et afghans seraient aussi assez tenus et, au travail, on lui mènerait la vie dure. Il part alors dans une grande explication sur les « good people » et les « bad people », classant une bonne partie des iraniens dans la seconde catégorie, du moins en ce qui concerne leur attitude envers les afghans. Comme Timmi, le pakistanais, il insiste sur le fait qu’il est sunnite et non chiite, mais lorsque je lui demande ce qui différencie les uns des autres, il peine à me répondre. Tout ce qu’il arrive à me dire à trait à la position des mains durant la prière. Il me pose des questions sur l’Europe et sur les possibilités d’obtention de visas. Je ne peux malheureusement lui cacher que dans sa situation, ce serait difficile, vu les conditions restrictives de Schengen. Je lui déconseille aussi de le faire illégalement, lui relatant l’histoire de Timmi, le pakistanais, qui était allé illégalement jusqu’en Hongrie quand il avait seize ans, dans l’espoir d’émigrer en Allemagne et s’était fait coincer par les flics près de Bratislava, menotter et renvoyer au Pakistan. Il me propose de venir chez lui, mais il est tard. J’ai mal à la tête et besoin de dormir. Je décline donc son offre, en espérant pouvoir venir un autre jour.

Ali

Je poursuis donc ma route en direction de l’hôtel. En traversant un parc public près du Pars Museum, je me fait héler par homme qui gesticule à trente mètres. Je m’approche, car je n’entends rien de ce qu’il me dit à cause d’une bouche d’aération qui souffle à mes côtés. Je constate que je suis tombé sur un homme d’une trentaine d’années, complètement maniéré, qui se tortille dans tous les sens en parlant. Il me demandais d’où je viens. Je lui réponds et s’ensuivent les questions traditionnelles. Puis, subitement, il m’explique qu’il a fait deux ans de coma suite à un accident de voiture, tout en me montrant une cicatrice à son front. Et me souhaite bonne nuit. Fin de la conversation, il retourne s’asseoir sur un banc. Bizarre…

Réfugiées afghanes

Peu avant d’arriver à mon hôtel, je vois une femme d’un certain âge assise par terre avec un enfant dans les bras qui mendie. Comme de toute évidence ce n’est pas un attrape-touriste, je lui donne quelques rials et tourne le coin de la rue vers l’hôtel. Je me fais alors aborder par une autre femme, plus jeune, qui me demande aussi de l’argent. Je sors ma liasse de rials et en sors une petite coupure. Comme elle en voit une plus grosse dans la liasse, elle refuse celle que je lui tends en me montrant l’autre avec insistance. Je lui explique que non, c’est la petite ou rien. Elle insiste, j’insiste. Un homme passe derrière elle en me faisant signe de ne rien lui donner. Pour finir, je pars en lui tendant la petite coupure, qu’elle accepte quand même à contrecœur. J’entre dans l’épicerie d’à côté pour acheter de l’eau et y retrouve l’homme. Qui me dit « don’t give her money : she’s Afghani ! ». Je vois ce qu’Ali voulait dire…

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