Voyager avec des enfants en Inde

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Voyager en Inde avec des enfants est certainement la plus belle expérience que j’y aie faite. La grande avait neuf ans, le petit six. Nous avons atterri à Delhi, sommes descendus en train à Orchha dans le Madhya Pradesh, à proximité de Gwalior et Jhansi, puis sommes partis sur Varanasi et enfin Bodhgaya avant de revenir sur Delhi. La boucle nous a pris un mois et demi.

Pour les indiens, la famille est la cellule sociale de base et la raison d’être de l’individu passe par elle. Souvent, ils ne comprennent pas ces occidentaux qui voyagent seuls avec leur sac sur le dos car cela n’est pas concevable pour eux. Lorsqu’on voyage en famille, ils retrouvent leurs repères, on entre dans leurs schémas de pensée et ils s’ouvrent. Tout grands ! D’autant que les enfants sont un véritable pont entre les cultures. La femme, reconnue dans son rôle social de mère et d’épouse, est respectée. Même en haute saison dans des régions touristiques il nous a été possible d’entretenir des rapports complètement désintéressés avec les populations locales, ce qui est assez rare en Inde dans ces conditions, notamment à Varanasi où c’est très business-business. La grande est tombée malade en chemin et l’attention, la prévenance des gens à son égard a été époustouflante. Les portes, les cuisines, les maisons se sont ouvertes.


Scolarité

La difficulté avec des enfants scolarisés est bien entendu de trouver une solution avec l’école en cas de séjour en dehors des vacances scolaires. Dans notre cas, nous avons pris sur deux semaines de vacances et les avons prolongées d’un mois en prétextant des obligations professionnelles. Focalisés sur leur sacro-saint programme, les enseignants sont souvent réticents à donner des préavis favorables, et il est clair qu’il faut prévoir de consacrer un peu de temps chaque jour à de l’enseignement, de manière à ce que l’enfant ne soit pas largué en rentrant. Ce qui n’est pas toujours bien vécu par ce dernier qui a clairement autre chose à faire que des maths ou du français…

1998-inde-kali-varanasi

 

Un développement accéléré

Mais ce qu’un enfant retire d’un voyage en Inde est inestimable en comparaison de ce que lui apporte l’école sur la même période. Les nôtres ont grandis, mûris et ont évolué de six mois en un mois et demi en comparaison de leur développement habituel. Je reste de plus persuadé que c’est le meilleur moyen de prévenir le racisme et la xénophobie chez un enfant.

Kali et Kaïko avec Cheeten, une jeune tibétaine

Capacité d’adaptation

Certaines craintes des parents, fréquentes, vis-à-vis d’un voyage en Inde avec des enfants, sont celles relatives aux réactions des enfants face à certaines réalités inhabituelles en Europe, notamment la pauvreté extrême, la maladie, la saleté ou les handicaps auxquels on est régulièrement confronté en Inde. Mais ces craintes sont celles des adultes, pas celles des enfants. Eux ont une capacité d’adaptation impressionnante et ce qui les choque n’est pas ce que l’on croit. Deux événements ont particulièrement marqué le petit (six ans, donc): le premier, c’est d’avoir croisé dans une rue un homme aux poignets maintenus dans le dos par une lourde chaîne fermée par un imposant cadenas, encadré par deux flics en uniformes, armés de fusils. Un « vrai méchant » ! Le second, c’est avoir croisé un nain dans la foule: « Euhhhhhh… T’as vu ? il était plus petit que moi !!! ». Les lépreux aux membres amputés ou les culs-de-jatte qui mendient sur des planches équipées de roulements à billes ? Normal. Ça faisait partie du décors, de la normalité de l’Inde où toutes les étapes de la vie se passent dans la rue. Il a par ailleurs été beaucoup plus choqué en une demi-heure dans le hall principal d’un CHU en Suisse où déambulaient en chemise d’hôpital des patients perfusés ou portant des sondes naso-gastriques, que durant six semaines en Inde. Certaines situations peuvent néanmoins être marquantes, mais les enfants utilisent le jeu entre eux pour les digérer. Raison pour laquelle je déconseillerais de prendre des jeux électroniques dans les bagages.

Parler, parler, parler !

Un tel voyage se prépare, notamment psychologiquement, avec l’enfant. On ne va pas en Inde comme on va au Club Med’. La situation doit être expliquée préalablement aux gosses et sur place il y a un gros travail d’explication et parfois de débriefing à faire, suivant ce à quoi on est confrontés. Il faut communiquer énormément (ça tombe bien, en Inde, on a le temps !), parler de tout sans tabou et être attentif au langage non verbal de l’enfant.

Inde en famille, avec Dhakpa, notre ami moine tibétain, à Bodhgaya, le village de l'illumination du boudha.

Ralentir pour les enfants

Par contre, pour celles et ceux qui ont l’habitude de voyage en Inde, il faut être conscient qu’il est difficile de voyager aussi vite avec des enfants qu’entre adultes. Il ont de la peine à enchaîner les trains, les bus et les rickshaws sur de longues heures, voire parfois sur plusieurs jours. Il faut donc prévoir des haltes plus fréquentes (notamment la nuit) et plus longues qu’à l’accoutumée, si l’on ne veut pas épuiser les enfants.

Enfants en bas âge

Une certaine prudence est cependant de mise avec des enfants en bas âge qui, soit marchent à quatre pattes, soit ont tendance à tout mettre à la bouche. En Inde, c’est pas l’idéal… Pour les plus petits encore qui nécessitent un poussette, il faut prévoir une poussette 4×4: le pays n’est vraiment pas fait pour (rues bondées, polluées et défoncées, trafic intense, long escaliers dans les gares pour accéder aux quais, trains bondés, etc .)

Avec des adolescents

J’y réfléchirais par contre à deux fois avant de voyager en Inde pour la première fois avec des adolescents. A cet âge, l’enfant se construit socialement, tente de se situer par rapport à son environnement, prend conscience de la maladie et de la mort, ainsi que des injustices sociales. C’est souvent une période de fragilité et le choc culturel est tel qu’il peut complètement déstabiliser l’ado. Des connaissances en ont fait l’amère expérience. Leur fille de seize ans a passé les trois semaines sur place à pleurer du matin au soir. Bon, ça ne l’a pas empêchée d’y retourner seule, sac à dos, deux ans plus tard pour un séjour de six mois… comme quoi…

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