Iran 2012 – Balade à Tabriz

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Lorsque je me lève ce matin, Brassens en tête, ciel bleu ; alors qu’on s’est fait un gros orage cette nuit. Hier il a fait moche toute la journée et je l’ai passée à mettre à jour mon site. Plus de six heures dans un cybercafé, pour 65’000 rials. Yeps, les connexions ici ne sont pas super rapides. Mon vieux MacBook G4 non plus et il est plein de bugs vu que je ne peux plus faire de mises à jour des applications. Il faudra que je le change pour les prochains voyages. Un MacBook Air, lorsqu’ils en auront augmenté la capacité de stockage. Mais bon, j’ai pu connecter mon G4 dans le cybercafé. Je savais que j’en aurais pour un moment, donc j’avais pris mon pique-nique avec.

Une fois mon site mis à jour, je vais me faire faire une coupe à la tondeuse chez le coiffeur du coin, puis je décide d’aller voir le petit disquaire du quartier que j’ai repéré un peu plus tôt, histoire de voir ce que je peux dénicher. Il a une devanture de CD piratés, avec des pochettes imprimées à la jet d’encre. Dans la vitrine poussiéreuse, la tête de John Lennon y côtoie celle de Freddy Mercury, mais il y en a aussi plein d’autres du coin que je ne connais pas. Des Brel et Brassens iraniens, apparemment. J’entre.

Au pays de la copie pirate

C’est tout petit et… vide. Quelques cassettes, elles aussi poussiéreuses, traînent sur une étagère. Et c’est tout. Un type derrière un mini-comptoir fatigué discute avec deux personnes. Je laisse tomber. J’imagine qu’il grave des copies de CD à la demande, sans avoir de stock. Comme le gars à côté de l’hôtel, qui tient un stand dans la rue où il vend des copies de DVD. Une longue liste des titres disponibles est écrite en farsi sur une planche. Il campe derrière avec son matériel pour graver. Les DVD que j’ai eu l’occasion de voir dans les bus étaient aussi des versions piratées, trop compressées.

Tabriz - Vendeur de DVD pirates

Programme d’aujourd’hui donc : aller chercher ma lessive (l’hôtel n’a pas de Laundry service, mais il y a un pressing dans la rue d’à côté), changer du fric, aller chercher mon billet de bus pour Rasht et aller voir à quoi ressemble Tabriz en dehors du centre-ville.

Chez le teinturier

Je commence par le pressing. C’est une petite boutique sombre, tout en longueur, avec des habits suspendus partout. Mais bien organisé. Chaque vêtement a une étiquette et est répertorié dans une main courante. Lorsque je suis venu hier, c’est un gamin qui m’a reçu. Ce matin, il a disparu et c’est un vieux accompagné d’un jeune gars qui me reçoit. Dans le livre de commande, il y trouve mon nom en farsi, ainsi que la liste des fringues que j’ai amenées. Un trouble voile son regard, je le sens gêné, tout à coup. Il prend mon pantalon qui est normalement pendu à un cintre et ma chemise, posée elle sur une machine. Il a l’air tout désolé, me fait comprendre qu’il y a un problème et étend la chemise sur le comptoir.

Ma chemise est un peu fatiguée maintenant, mais mon ex-amie japonaise me l’avait offerte aux Galeries Lafayette à Paris, lors d’un petit week-end en amoureux. Elle est brique (la chemise, donc, pas mon ex), avec des fioritures finement brodées dans la même couleur et des taches de batik ça et là, dans un ton un poil plus foncé.

Ma super chemise fashion...

Mon vieux teinturier, tout mal à l’aise, s’est mépris sur les taches de batik. Il a cru qu’un autre habit avait déteint sur ma chemise durant le lavage et que j’allais l’en tenir responsable. Je lui fais comprendre qu’il n’y a pas de problème, que c’est normal. J’ai alors senti passer une brise de soulagement dans son corps. Il regarde dans sa main courante, voit que j’ai déjà payé le jour d’avant (50’000 rials pour un pantalon et une chemise) et emballe le tout dans une double page de la Pravda locale, tout en me souhaitant une excellente journée, un grand sourire affiché sur le visage.

Money changer à l’hôtel

De retour à l’hôtel, je m’arrête à la réception pour demander le prix de la course en taxi entre différents points de la ville. Pas de bol, le réceptionniste ne parle pas anglais. Arrive sa collègue habituelle du matin, qui me demande gentiment je compte rester encore quelques jours. Je lui explique que j’envisage de partir demain et que je vais aller chercher mon billet de bus ce matin. Elle dit alors avec un grand sourire que ce serait bien que je « réapprovisionne mon compte », vu que ça fait quatre jours que je suis là. Je lui demande si je peux payer en euros, elle acquiesce, mais ne connaît pas le taux de change actuel. Elle est avec moi devant le comptoir, son collègue est derrière, côté téléphone. Elle lui dit d’appeler un money changer pour avoir le cours de l’Euro du jour. De tête, elle dicte un numéro de téléphone à son collègue. Comme ça répond pas, elle lui en dicte un autre, puis un autre encore. Elle les connaît tous par cœur. Un money changer, finalement lui répond : l’euro est à 20’000 rials. Beuh, pas terrible. Mais comme je sais qu’il était à la baisse depuis un moment et que de toute façon ça va être à peu de chose près les mêmes prix partout dans le coin, je dis ok. J’en change trois cents : cent cinquante pour la chambre et cent cinquante pour la suite du voyage, bien qu’il me reste encore trois ou quatre millions de rials.

Prix des taxis

Je m’enquis ensuite du prix des taxis, raison de mon arrêt à la réception. De l’hôtel au bus terminal, c’est entre 30 et 40’000 rials maximum. Pour traverser Tabriz, je ne devrais pas accepter de payer plus de 50’000.

Librairies

Je remonte poser ma lessive dans ma chambre et redescends pour aller manger mes baklavas au Mumtaz Ice Cream, accompagné d’un café lavasse, comme chaque matin. En ressortant, je m’arrête dans la librairie voisine, voir ce qu’ils proposent. C’est la rue des librairies, il y en a plein. Celle-ci est tout en longueur, avec des étagères jusqu’au plafond remplies de livres dont on ne voit que la tranche. Plus on monte, plus les tranches sont décolorées. Au centre, des présentoirs. Difficile de dire de quoi traitent les livres. Ni même si c’est de la fiction ou autre. Je tombe sur un bouquin avec la tête de Woody Allen portant une couronne et un autre avec Charlie Chaplin en dictateur. Au fond, le rayon anglophone. Des dicos, vingt-cinq versions de l’anglais en dix leçons et des œuvres de Shakespeare. That’s it. Le tout dans des éditions qui ont au moins vingt ans. Derrière le comptoir, je repère de gros ouvrages de photos et de calligraphie dans ce qui semble être de bonnes éditions en quadri. Comme ils sont lourds et volumineux, je ne vais pas m’en encombrer maintenant et mets ça dans un coin de ma tête pour Téhéran.

La bio de Steve Jobs en farsi

Un peu plus loin je tombe sur la vitrine d’une autre librairie avec les aventures de Tintin en farsi et une collection de bouquin de bodybuilding. En Iran, on trouve les éditions officielles de Tintin, mais aussi d’autres recréées et dessinées à la hache. Ils doivent être contents, chez Casterman. Là aussi, plus on lève le regard sur la vitrine, plus les livres sont décolorés. J’y reviendrai en fin de journée et y achèterai néanmoins de bonnes cartes en farsi de Tabriz, de l’Azerbaïdjan iranien et de l’Iran. Toutes des Gita Shenasi… Tandis que je regarde la vitrine, je me fais accoster par un ingénieur en irrigation en vacances (au chômage ?) qui va faire réparer un téléphone. Son anglais est assez mauvais, mais il me pose plein de questions sur la Suisse et l’Europe. Je n’ai pas le temps de finir mes réponses qu’il me pose déjà de nouvelles questions. Ça part un peu dans tous les sens. On fait quelques pas ensemble.

Bus Terminal de Tabriz

Puis je prends un taxi jusqu’au bus terminal pour acheter un billet de bus pour Rasht. Je ne sais plus si je te l’ai déjà dit, mais j’ai décidé de laisser tomber Ardabil. Toutes les personnes à Tabriz à qui j’en ai parlé m’ont dit de laisser tomber et d’aller directement à Rasht. Ici, les habitants d’Ardabil semblent avoir une très mauvaise presse : intégristes, arnaqueurs et pas sympas. Je ne sais pas si ce n’est que de l’animosité entre voisins, mais j’ai pour habitude de toujours écouter les conseils des populations locales quand je voyage. Et ça me fait gagner quelques jours, ce qui n’est pas pour me déplaire, car j’aimerais bien avoir un ou deux jours de plus à Téhéran pour y faire quelques emplettes avant de partir.

Arrivés au bus terminal, le chauffeur se renseigne sur l’endroit du guichet pour Rasht et me pose devant. Je lui propose de m’attendre et de me mener ensuite à Elgoli Park, qui est un sacré bout plus loin. Il est partant, mais ne veut pas m’attendre. Il veut m’aider à acheter mon billet. On descend donc du taxi et on entre dans le bâtiment du terminal. Il se renseigne auprès de plusieurs personnes jusqu’à ce qu’on trouve le bon guichet. Là, le gars parle un peu anglais. Je voulais un bus le matin pour profiter du paysage, mais il n’y en a pas. Trois bus par jour : 15h30, 20h30 et 21h30. Sans vraiment me demander, il me donne une place dans celui de 21h30, ce qui me convient parfaitement. Je devrais arriver à Rasht vers huit heures du mat’. Si je suis pas trop raide, je pourrai tirer directement jusqu’à Masuleh, un petit village des Kuhha-ye Tales et raison de mon passage par Rasht, et y arriver dans la journée.

Du terminal, situé un peu à l’écart de la ville et en hauteur, on surplombe Tabriz. Superbe. On prend la dimension de la ville qui s’étend et remonte de part et d’autre sur les flancs des montagnes rouges qui l’entourent. On roule un bon moment sur de grandes artères, où le trafic est clairsemé et donc fluide. On roule fenêtres ouvertes, le vent s’engouffre dans l’habitacle. La température est agréable. Rien à voir avec Shiraz.

Elgoli Park

Tabriz - Elgoli Park

Il me laisse à une des entrées principales d’Elgoli Park. Je monte une première rangée de marches. Devant moi s’étend alors un large bassin au centre duquel émerge une bâtisse. Un resto, probablement, mais je n’y suis pas allé. A la place, j’ai continué à monter dans le parc. Une nouvelle rampe d’escalier, au sommet de laquelle trône une fontaine. En chemin, je croise un groupe d’ados, garçons et filles, un peu excités. Un mec en uniforme, juché sur la fontaine, leur gueule quelque chose, puis siffle avec son sifflet. Les ados poursuivent leur route en gambadant.

Arrivé au sommet, un replat d’où on domine la ville, entourée des montagnes ferrugineuses environnantes.

Tabriz vu du haut de Elgoli Park

Tabriz vu du haut de Elgoli Park

Une esplanade à l'Elgoli Park de Tabriz

Je me bois un doogh à une buvette installée au milieu de la verdure. Au-dessus, trône l’Elgoli, un hôtel cinq étoiles constitué de trois hautes parois concaves en verre bleuté et béton. A son sommet, un restaurant tournant surplombe Tabriz.

Tabriz - Buvette au sommet de Elgoli Park

Hotel Elgoli vu depuis le Parc Egoli

Mon pote PAJe reprends ma balade et fais un saut au toilettes du parc. J’y ai une pensée pour mon pote P-A et sa fabuleuse collection de photos de chiottes du monde entier, tout en me disant que celles-là ne sont pas très intéressantes visuellement. Ce serait plutôt olfactivement. Donc là, désolé PA, pas de photo. Je réalise par la même occasion qu’en Iran il n’y a pas de pissoir chez les mecs. Que des cabines fermées. Pas comme en Chine où tu poses ta pêche dans une rigole, coude à coude avec un autochtone qui fait de même en te fixant continuellement parce qu’il n’a pas l’habitude de voir un étranger.

Etudiantes iraniennes

Je me promène le long d’un chemin lorsque je me fais bruyamment héler par un groupe de jeunes iraniens installés dans l’herbe, sur un tapis. Ils me font de grands signes pour que je vienne vers eux. Cinq nanas et un mec. Je suis un peu emprunté. Les rapports avec les femmes ne sont pas évidents en Iran et de plus très réglementés. D’abord hésitant, je me laisse gagner par la curiosité lorsque je constate leur enthousiasme et qu’elles sont pas franchement le genre intégriste. Je leur explique les raisons de mon hésitation. Pas de problème pour elles, je suis le bienvenu.

L’une d’entre elles parle bien anglais et on commence la conversation avec les questions habituelles. D’où je viens, etc. Super sympas, curieuses, dynamiques, pleines de joie de vivre. Une ou deux sont un peu plus timides, plus réservées. Une seule porte un hijab, mais qui lui couvre à peine la moitié de la tête.

Ils ont entre vingt et vingt-cinq ans et sont étudiants en économie à l’Uni de Tabriz, une université réputée en Iran, selon eux. La fille qui parle le mieux anglais et traduit pour les ceux qui ne comprennent pas tout est la plus âgée. Elle vient de terminer son Master et va se mettre à chercher du travail. C’est difficile actuellement, dit-elle, mais en Iran cela dépend surtout de son réseau, familial ou personnel. Elle aimerait bien travailler dans le tourisme ou l’import-export. Etonnamment, elle m’apprend que c’est plus facile pour une fille de décrocher un job que pour un homme. Beaucoup d’hommes universitaires ne trouvent pas de travail dans leur champ d’activité et doivent pratiquer d’autres métiers, comme taximan par exemple.

Soudain, ils sont tout gênés… Ils réalisent qu’ils ne m’ont rien offert ! Branle-bas de combat : des paquets de chips, du cake au chocolat fait maison par l’une d’entre elles (excellent), du thé, sortent de nulle part et atterrissent devant moi. On peut alors reprendre la discussion…

Elles ont tellement de questions que là encore, je n’arrive pas à terminer mes réponses. Elles sont très curieuses de savoir ce que je pense de l’Iran, de l’Islam, de Tabriz. Et très heureuses d’apprendre que de tous les pays dans lesquels j’ai voyagé, c’est assurément celui où les gens sont le plus accueillant. Très curieux aussi de la Suisse, de l’Europe. L’une d’entre elles affiche un grand intérêt pour l’italien et l’espagnol (le français ? non, trop dur !). Si elle devait vivre en dehors de l’Iran, ce serait en Italie.

L’uni, apparemment fonctionne à peu près de la même manière qu’en Europe : Bachelor, Master, PhD, assistanat, etc. Il y a aussi un campus pour les étudiants qui viennent d’autres régions.

Pendant qu’on discute, des voitures de flics patrouillent dans le parc. Elles, elles aiment la mode et le football et, parfois, descendent en voiture à Téhéran pour assister à un concert de pop iranienne. L’une d’elle a un iPhone 4 et une bagnole. De toute évidence, bien que je n’aie pas posé la question, ils doivent venir de familles aisées…

Il y en a constamment une ou deux qui s’éloignent du groupe pour parler sur son téléphone portable. Puis d’autres qui vont faire quelques passes de volley-ball avec le ballon qu’ils ont amené. D’autres amis se arrivent et se joignent au groupe. On se fait une petite séance photos avant de se quitter, car ils lèvent le camp. L’une d’entre elles n’a pas voulu se faire photographier. C’est donc elle qui a pris les clichés.

Tabriz - Rencontre avec des étudiantes au parc Elgoli

Alors que je m’en vais, décidé à revenir à pied dans le centre-ville, je me dis que je devrais leur demander quel est le meilleur chemin pour aller dans le quartier de Valiasr qui sur ma route. Il est indiqué dans le Lonely avec des cafés et des restos. Je me dis que ça peut être sympa d’y passer pour croquer un truc, vu que je n’ai que mes baklavas dans l’estomac. Je reviens donc sur mes pas et leur pose la question.

La plus âgée, habite justement ce quartier. Elle me dit de m’accompagner, elle et une amie à elle. Elle va me monter par où passer. On fait cent mètres. Puis elle repart en arrière en courant et revient avec ses clés de voiture. Elle a décidé de me pousser jusqu’à Valiasr. Je lui explique que j’avais prévu d’y aller à pied, mais rien n’y fait. Bon, j’abdique. Elle ouvre sa voiture, l’alarme retentit. On part les trois. Pop à coin dans les oreilles, conduite nerveuse. On suit de grandes artères. On ne parle pas beaucoup durant le trajet. J’enregistre un ou deux morceaux sympas, dans l’espoir de les retrouver plus tard avec Shazam. Après s’être introduites dans un quartier un peu à l’écart des grands axes, elles me déposent dans le quartier de Valiasr et on se dit au revoir. Elles retournent au parc chercher leurs amis.

Un homme de Marand dans le quartier de Valiasr

Je me retrouve dans une zone résidentielle, sans vie, sans commerces, avec de hautes maisons d’habitation en briques nues et structures métalliques apparentes. Certainement plutôt huppée, d’après les standards locaux.

Je monte une rue au bout de laquelle j’aperçois un square gazonné. Déposé en terra incognita, je suis un peu perdu et je cherche un point de repère pour me situer sur ma carte. Arrivé au square, j’essaie de me repérer. Pas facile. A trois mètres, un homme d’une quarantaine d’années avec un bouc (une barbiche, j’entends), me regarde. Je lui demande où on est en lui montrant ma carte. Il ne parle pas anglais. J’essaie de lui dire que j’aimerais aller au centre-ville, mais il ne comprend pas. Ça doit pas être courant d’y aller à pied depuis cet endroit. Ça fait une tirée. Il m’explique quelque chose à son tour que je ne comprends pas non plus. Je sors mon phrasebook et je comprends qu’il me demande ce que je fais comme métier. Pour faire simple, je lui dis que je suis grafic-designer, car lui expliquer  avec les mains que je suis secrétaire syndical, ça va pas être facile. D’autant qu’ici, les syndicats, ils connaissent pas : c’est interdit. Je lui demande ce qu’il fait et j’arrive à comprendre qu’il bosse à la mairie, grâce à mon petit guide.

Je reviens au sujet de mes préoccupations, à savoir comment rentrer à mon hôtel. On essaie à nouveau de communiquer, sans succès. Il comprends pas où je veux aller. Sur la carte, j’avise un parc un peu au nord. De là, il y a une rivière sur ma carte qui descend jusqu’au centre-ville, avec des zones vertes. Je lui fais signer que je veux y aller à pied. Là, il comprend, déverrouille sa voiture qui est garée devant nous, s’y assied et me fais signe de monter. Un peu surpris, je monte, tout en essayant de lui dire que je compte y aller à pied. Il me fais signe de laisser tomber. Je laisse tomber. Et je pars avec mon chauffeur inconnu.

On roule cinq minutes, puis il s’arrête à l’entrée d’un parc public bordant une autoroute et un grand échangeur, proche d’une zone commerciale. On est vraiment dans les faubourgs de Tabriz.

Il recommence à m’expliquer quelque chose que je ne capte pas. Puis je saisis. Il vient de Marand, une ville à quatre-vingt-dix bornes de Tabriz, avec des monuments historiques, et m’y invite. Je suis très touché, quoiqu’un peu embarrassé. Je le remercie, mais lui explique je pars le lendemain pour Rasht et que ça va être un peu court. On se dit au revoir. Il descend de voiture en même temps que moi, ouvre son coffre et plonge dans un grand sac en plastique, en ressort un berlingot de jus de fruit et un gâteau sous cellophane qu’il m’offre pour la route. Avec un dernier salut et un dernier sourire, il redémarre.

Baghmisheh Park

Je découvre alors Baghmisheh Park, un autre de ces parcs super kitsch, avec plan d’eau aux bords peints en bleu vif et statues en béton, dont certains paysagistes iraniens semblent raffoler.

J’en fais rapidement le tour avant d’en ressortir. Là, une fois de plus, je constate que la rivière est à sec et que ses berges ne sont pas aménagées. Je suis au fond d’une vallée bordée de hautes collines rouges dont seules les hauteurs sont construites. Au bas, des ferrailleurs. La seule voie pour rejoindre le centre-ville, c’est en longeant une route. De l’échangeur voisin, j’en trouve une qui y descend tout droit. Mais il y a une quinzaine de kil’ à se farcir. Heureusement, il y a pas mal de passages nuageux et la température est assez agréable. Bon ben, let’s go…

Abbasi street

La route en question, Abbasi street, rien de spécial. Peu à peu, des logements, puis quelques boutiques en bas, des garages, pleins de garages, plein de mecs qui réparent ou nettoient des bagnoles. J’aperçois plusieurs immeubles effondrés, dont il ne reste que des gravats laissés sur place. Résultat des tremblements de terre qui semblent fréquent dans la région ?

Je continue sur plusieurs kilomètres. De petites zones commerçantes à certains carrefours principaux, des commerces et des artisans de toutes sortes sur la route.

Arrivé au bout d’Abbasi street, je me prends une averse alors que je pénètre dans une passerelle couverte qui surplombe une des grosses artères qui traverse la ville. Lorsque j’en sors, deux cents mètres plus tard, elle s’est déjà arrêtée.

Je zigzague un peu dans les rues, je longe ce qui doit être le quartier général de la police et tombe sur l’avenue qui rejoint le bazar. Je la suis. Arrivé à Shohada square, je descends Artesh street, plus commerçante. Sympa pour y flâner Artesh street. Pleine d’échoppes à jus de fruits, une allée marché aux légumes avec des senteurs agréables, des vendeurs de noix de toutes sortes, pleine de monde. Je retrouve la vie. Je reviens par Imam Khomeini street et m’arrête dans une librairie à l’angle avec Ferdosi, où j’entre. Je n’y vois pas grand-chose d’intéressant côté bouquins, mais tombe sur des cartes de Gita Shenasi de l’Azerbaïdjan, de Tabriz et de l’Iran en farsi. J’en achète pour le cas où je ferai un jour la route de l’Inde en camping-car ou à moto.

J’ai mal aux pieds. Je rentre donc ensuite à l’hôtel, après m’être fait un döner kebab pas mal sur Shari’ati.

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